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MARC COLLIN

Homme de l’ombre, musicien secret et producteur curieux, Marc Collin fait partie de ces artisans exigeants qui ont discrètement contribué à façonner la scène musicale actuelle. Des derniers feux de la new wave, à laquelle il participe à un âge précoce, jusqu’au succès international de Nouvelle Vague, en passant par l’électro frenchy de la fin des années 90, Marc Collin a en effet traversé avec élégance ces deux dernières décennies à travers de multiples groupes et projets derrière lesquels il s’est souvent caché. Sous les pseudonymes d’Ollano, Indurain, Volga Select, Suburbia ou Hollywood Mon Amour, aux côtés de nombreux complices comme Olivier Libaux, Xavier Jamaux, Ivan Smagghe, Mélanie Pain, Helena Noguerra ou Camille, cet artiste caméléon, amoureux du bel ouvrage, s’est essayé à toutes les aventures et tous les genres musicaux, explorant tour-à-tour l’univers de la bande originale de film, la pop française, les langueurs de la bossa nova ou les tempos plus tapageurs de la house et de la techno. Sans jamais se perdre ni tenter de simples coups, Marc Collin a tout simplement suivi au cours de ces années son instinct et surtout son insatiable curiosité, enchaînant les albums avec une aisance et une versatilité étonnantes.

Versailles, une génération.
Cette épopée musicale débute au beau milieu des années 1980, dans les Yvelines. Marc grandi à Noisy-le-Roi et, alors ado, découvre « le ska puis toute la new wave commerciale du début des années 80 comme Visage, Blondie ou Depeche Mode ». Dès 1984, il s’achète un synthé, se plonge dans le Pornography des Cure, vibre au son d’Echo & The Bunnymen, dévore les fanzines et se branche sur les radios libres. Mais surtout, il fréquente un lycée de Versailles où il va côtoyer toute une génération d’amateurs de musique et d’esthètes pop qui, quelques années plus tard, poseront les bases de la nouvelle vague française des années 1990. Pendant une courte période, Versailles a en effet connu une forme de parenthèse enchantée où se sont croisé des artistes comme Xavier Jamaux, Arnaud Rebotini, le duo Air, Alex Gopher et donc Marc Collin. Certains travaillent ou répètent ensemble, d’autres se retrouvent dans les concerts, se refilent des cassettes ou des vieux numéros de Best, créant une émulation joyeuse et positive dont l’importance sera capitale pour leur future carrière.

Aventures synthétiques
Parmi « la clique versaillaise », Marc Collin est le premier à se lancer dans l’aventure, avec son groupe Spleen Idéal (auxquels participent Nicolas Godin -futur Air, et Xavier Jamaux) qui devient plus tard Persona. Pourtant, cet attrait pour les ambiances crépusculaires du post-punk ne dure qu’un temps et disparaît lorsque Marc découvre en 88 le premier album de 808 State, Rebuilt, un ovni sonore aux sons acides, annonçant toute la vague électronique à venir. Cette musique révolutionnaire l’incite à former Indurain aux côtés d’Arnaud Rebotini, du DJ Erik Rug (pionnier de la house française) et Jérôme Mestre (futur fondateur de la boutique parisienne Rough Trade). Loin de la techno ou de l’acid-house de l’époque, le groove électronique et pionnier d’Indurain se retrouve en 92 sur l’une des premières compilations dédiée à la bourgeonnante scène électro française, P.U.R. (Paris Union Recordings, chez Delabel). En 93, le trio enchaîne avec un album orienté acid-jazz (c’est alors l’une des grandes tendances), un peu maladroit selon les confidences de Marc, mais qui leur permet à tous de faire leurs premiers pas.
Malgré l’échec de ce disque et l’inspiration plus pop de ses albums suivant, Marc Collin occupe ainsi une place de pionnier méconnu au sein de la scène électronique française. Masqué sous le nom d’Ollano, Marc participe à la compilation Sourcelab 2, disque fondateur de la vague french touch qui prend son envol au milieu des années 90. Et à la même époque, il signe avec Erik Rug une poignée de singles remarqués sous le pseudo de Dirty Jesus, qui figure aux côtés des premiers maxis des Daft, Air, Motorbass, Alex Gopher ou DJ Cam, parmi les titres pionniers de cette mouvance française. Au début des années 2000, Marc connaît d’ailleurs le même succès outre-Manche grâce à une série de maxis produits aux côtés d’un autre DJ, Ivan Smagghe. Sous le nom de Volga Select, le duo signe alors une série de pépites techno au son ténébreux, qui puisent leur inspiration dans la froideur de la new wave des années 80. Une manière comme une autre de revenir à leurs amours adolescentes.

Producteur « à l’ancienne »
Curieux par nature, Marc ne s’est pourtant jamais limité à explorer la seule voie de l’électronique. Dès 1995, il renoue avec Xavier Jamaux et, inspirés par le trip hop de Massive Attack, fondent Ollano, formation de pop française au son gracile et synthétique, qui connaît avec le single Latitudes un beau succès d’estime, entre plateaux télés et TOP 50. Cet album produit pour Rosebud constitue dès lors un sésame pour Marc Collin, lui permettant de pénétrer le milieu d’une pop grand public. Sa capacité à composer de beaux écrins de guitares, de synthés et claviers, sur lesquels viennent se lover les voix d’Helena Noguerra et Sandra Nkaké, séduisent en effet les maisons de disques à la recherche de nouveaux producteurs ou réalisateurs. Marc débute dès cette époque une carrière dans le domaine de la chanson et de la pop française, se consacrant parmi d’autres aux premiers albums solo de Doriand et Helena Noguerra, suivi au cours des années 2000 de Sir Alice et Avril.
Curieux par nature, Marc ajoute à sa casquette de réalisateur celle de producteur et de patron de label, en créant successivement Kwaidan en 97 puis The Perfect Kiss en 2006 (avec Pascal Mayer). Ces deux structures lui donnent l’occasion d’assoiffer sa curiosité et sa créativité. Il signe tour-à-tour une petite poignée d’albums solos, avec les expériences de musique concrète d’Eden et Après (2000), la new wave synthétique de Suburbia (2002), suivis au cours des années 2000 par la pop éthérée de Two For The Road et les covers alanguies d’Hollywood Mon Amour (2008), projet cousin de Nouvelle Vague. Il en profite aussi pour inviter toute une série d’artistes à venir le rejoindre, éditant les albums de Birdpaula, Olga Kouklaki, Phoebe Killdeer, Mélanie Pain, Karina Zeviani ou Maxence Cyrin. Personnalité curieuse et généreuse, Marc Collin s’est ainsi transformé au cours de ces dernières années en une sorte de « producteur à l’ancienne, un chercheur de talent » dont le rôle a peu à peu pris le pas sur celui d’artiste. « Je me suis rendu compte que ma vraie place était sans doute là », concède-t-il. « C’est là que je suis le plus efficace : rencontrer des gens, les amener là où ils veulent aller en termes artistiques, ou en termes de popularité ».

Une pop cinéphile
Lorsqu’il évoque ce métier de réalisateur artistique, ou ses propres albums solos, Marc déclare composer ces disques comme on réalise des films. Pour chaque nouvelle production, il trouve un sujet, développe un concept, choisit un titre approprié, rassemble un groupe de techniciens, de musiciens et de chanteurs ou de chanteuses, dont la direction ressemble selon lui à s’y méprendre à la relation entre un réalisateur, son équipe et ses comédiens. Cette analogie avec le cinéma n’est d’ailleurs pas fortuite. Fasciné par les grands maîtres, ses « héros » comme « Bergman, Antonioni, Lang, Buñuel ou Godard », il a toujours puisé son inspiration dans le cinéma pour apporter à son travail une dimension visuelle et poétique. Ses musiques semblent toujours évoquer des images absentes et nombre de ses productions sont peuplées de « sons background », des sons lointains montés en forme de paysages sonores, apportant à sa musique un sens unique de l’espace et de la narration, et transportant volontiers ses auditeurs dans l’atmosphère magique d’une salle obscure. Cette constante se retrouve tout au long de sa carrière, depuis la fausse B.O. de son album signé Les Pétroleuses (en 2002, où l’on découvre alors Camille pour la première fois) jusqu’à ses pop-songs en forme de courts-métrages de Two For The Road (2007). Toutefois, cette dimension visuelle et rêveuse trouve son apogée dans les quatre albums de son plus célèbre projet, Nouvelle Vague, dédié au répertoire de la new wave et du post-punk. Les reprises éthérées et poétiques qu’il produit avec de nombreux invités comme Camille, Daniella D’Ambrosio, Mélanie Pain, Marina, Eloisia, voire Martin Gore ou Ian Mac Culloch (sur l’album 3), possèdent une qualité cinématographique qui a sans doute beaucoup fait pour la réussite et l’originalité du projet.
Enfin, cette dimension visuelle n’a bien sûr pas échappé aux cinéastes qui ont régulièrement fait appel à son talent pour composer de véritable bandes originales. Sa carrière de musicien pour l’image débute avec une bande-son culte et méconnue réalisée pour Les Kidnappeurs (1999) de Graham Guit, inspirée par les grands maîtres du genre, Morricone en tête. Par la suite, ce sont surtout les albums de Nouvelle Vague qui vont inspirer les réalisateurs. Ces dernières années, Marc le cinéphile a composé pour une poignée de films internationaux, s’amusant sur chacun des projets à expérimenter ses différentes influences, tendance music-hall et sixties sur J’aurais voulu être un danseur (2005) d’Alain Berliner, électronique sur Riviera (2006) d’Anne Villacèque ou plus expérimental sur White Wall (2010) de James Boss, récente production hollywoodienne.

Un conteur pop
Cet amour pour le cinéma et plus encore cette capacité à immerger ses auditeurs dans une bande-son propice à la rêverie et à l’imaginaire, est sans doute la clé pour comprendre l’inspiration d’apparence versatile du personnage. Dans ses productions pop comme ses singles électros, il possède en effet une manière bien à lui de scénographier le son et la musique. Plus qu’un simple compositeur, ou un producteur touche-à-tout, on peut voir Marc Collin comme une sorte de conteur pop, un metteur en scène musical, que l’on pourrait comparer à ces réalisateurs de l’âge d’or hollywoodien, ces artisans modestes capables d’enchaîner westerns, comédies musicales, polars et mélodrames avec un égal talent, et une curiosité renouvelée. Cette qualité, cet éclectisme et cette discrétion dont il a fait preuve ces deux dernières décennies constituent enfin le secret de sa longévité. En 2010, l’homme a réussit à passer toutes les modes et continue à tenter de nouvelles aventures, que cela soit aux côtés de Julien Doré et Vanessa Paradis sur le dernier Nouvelle Vague, sur les albums de Shana Halligan (ex Bitter Sweet) et Juliet (remarqué pour « Avalon » en 2006) ou comme auteur de nouvelles productions électros résolument dancefloor, dans lesquelles il renoue avec ses premières amours new wave.

photo Marc Collin
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